Les Aventures Aventureuses d’une Aventurière.

Un trajet de métro à Paris. Toute la ligne 9 de République à Porte de Saint-Cloud. Était-ce bien la peine de prendre une douche ce matin ? Ecrasée contre la porte du wagon, suant comme un Bernard Tapie passé au détecteur de mensonge, je m’interroge. Si je survis, c’est un miracle. Bob Morane à côté, c’est un aventurier de bac à sable. Respire…Respire… plus que dix stations. Ils vont bien finir par descendre tous ces costards sur pattes. Difficulté supplémentaire : respirer convenablement quand on fait moins d’1m 60 au garrot. Pensée émue pour Passe-Partout.

Ouf, ça se vide un peu. L’occasion de farfouiller jusqu’au fond de mon sac, trouver mon rouge à lèvre…ah non ça, c’est un tampon. Tampon qui roule maintenant tranquillement jusqu’au beau mec de l’autre côté de la barre de strip-tease. Merci Monsieur, c’est gentil (sourire mortifié).

« Porte de Saint-Cloud », Alléluia ! La journée peut vraiment commencer.

Abandon II.

Comme si cela ne suffisait pas que mon frère me quitte, c’est Juliette qui décide maintenant de voler de ses propres ailes.

Arrivée il y a plus d’un an et demi pour « quelques jours max » afin de fuir une invasion de souris, Juliette vient non seulement de trouver un CDI, mais aussi un appartement. Je dois être la seule nana au monde qui arrive à se faire quitter deux fois dans la même semaine, et même pas par son mec. En cadeau d’installation je lui propose le miroir qu’elle m’avait elle-même offert pour mon emménagement il y a deux ans. Je précise, un miroir trouvé dans la rue et déformé, que je décide enfin de remplacer par un vrai miroir, histoire de ressembler à autre chose qu’une patate en bottes et collant d’un 1,20m sur 1,20m. Ce sera ma bonne résolution pour 2017, ça tombe bien j’en cherchais une, et puis c’est plus facile que d’aller à la salle de sport pour se trouver mieux gaulée en un clin d’oeil.

Malgré mes arguments en béton, parmi lesquels le fait qu’en se regardant dans ce miroir, on ne peut qu’avoir une bonne surprise en sortant de chez soi et en se reluquant dans la vitrine du coiffeur afro d’en bas, Juliette décline ma proposition et le pauvre miroir fini dans la rue, là où cette dernière l’avait trouvé quelques années auparavant.

En vrai, chez les juifs on dit qu’il faut offrir du sucré à quelqu’un qui emménage. Comme je suis pour engraisser mes copines afin d’être la plus bonasse sur les photos de soirées, je souscris à cette tradition en achetant à Juju un pot de Nutella de 2 kilos. On ne rigole pas avec le Seigneur…Même si tout ça c’est plutôt une affaire de superstition, on sait jamais. Je me demande tout de même un peu d’où vient cette histoire, puisque la superstition c’est avant tout une histoire de peur. Par exemple, mon grand-père qui relit un peu plus ses livres de prières à chaque fois qu’il fait une chute, ou moi qui mange casher les jours où je prends l’avion. Mais dans un appartement, à part la phobie du dégât des eaux ou du ramoneur-cleptomane qui insiste pour rentrer alors que vous n’avez pas de cheminée, je vois pas trop de quoi on peut avoir peur. Étrange.

Au moins, cette histoire de déménagement nous aura permis de découvrir un personnage extraordinaire : Mr. B., le nouveau propriétaire de Juliette. Déjà à la première rencontre on s’était un peu dit que s’il comptait meubler l’appart comme il se sape c’était mal barré, mais la scène d’installation de l’appartement est venue dépasser tous nos espoirs en matière d’étrangeté du personnage. Pendant deux heures (plus parce qu’il parle trop que parce qu’il agit beaucoup), Mr B. donne des ordres au pauvre concierge portugais et comme Mr B. se croit très drôles, ce dernier a l’impression qu’à chaque fois que le concierge a une quinte de toux, il se marre à ses blagues lourdes. C’est la quatrième dimension. En fin de compte, les 15m2 sont finalement aménagés, seul bémol : les rideaux sont trop petits, ce qui nous vaudra un nouveau quasi fou-rire de Mr. B.

Pour fêter l’emménagement (et donc au fait que je vais à nouveau dormir seule dans mon lit, chose qui n’étais plus arrivée depuis près de deux ans), je propose un verre chez moi. Ni une, ni deux, Juju claque la porte et nous traversons…le palier, car en bonne copine, c’est là que Juju a déménagé.

 

 

 

Nouvelle année. Même galère.

Janvier. Semaine 1.

Examen de conscience.

Il y a quelques semaines, j’ai eu l’honneur de recevoir une invitation de la sécurité sociale m’invitant à effectuer un bilan de santé complet. Apparemment, j’ai même le droit d’inviter quelqu’un de ma famille. Décidément, cette année 2017 commence bien. Comme les invitations que je reçois par la poste chez moi en ce moment sont surtout des invitations à des mariages, et qu’un bilan de santé m’angoisse moins, je décide d’honorer la sécu. Mon invité VIP sera mon petit frère. Il râle car il ne mesure pas sa chance. Il a beau me répéter que « tout le monde dit que c’est de la merde ces bilans et que ça sert à rien ! » je ne connais personne qui en a vraiment effectué un et lui non plus. Alors go. Et puis de toute façon, pour une fois que la société nous offre quelque chose, on ne va pas dire non.

A 12h45 le ventre hurlant de famine car il faut être à jeun, nous nous pointons donc au centre pour le bilan. Il faut tout d’abord répondre à un petit questionnaire : Nom, prénom, antécédents ça va encore, c’est à la question : « avez-vous un emploi stable ? » que ma main commence à trembler. Comme il n’y a pas la place d’écrire : « A votre avis si je consacre trois heures de mon après-midi un mardi pour venir faire un bilan de santé gratuit, est-ce que vous pensez réellement que j’ai un emploi stable ?! », je réponds « non ».

Le questionnaire est maintenant rempli, nous patientons dans la salle d’attente jusqu’à ce qu’une gentille infirmière nous demande de pisser dans un godet. Comme pour nous à jeun ça voulait dire « sans manger, ni boire » (alors qu’apparemment non, on pouvait bien boire de l’eau) impossible de lâcher une goutte pour mon frère. Étant une grande pisseuse de base, je sors triomphalement des toilettes mon gobelet en main. A l’infirmière qui me demande si ça été, je réponds : « j’ai fait ce que j’ai pu ! » mais elle n’a pas l’air de trouver ça drôle…

Le reste des examens se passe sans encombres et il faut bien avouer qu’ils sont super bien organisés (fait que je ne manquerai pas de répéter en long en large et en travers à mes connaissances de droite). J’apprends que mon cœur ne bat pas régulièrement, mais que c’est pas si grave, et mon frère se fait juger par la dentiste à cause des collations entre les repas parce que ça abîme les dents (bon et aussi parce qu’il fume, boit, et a un piercing à la langue). En salle d’attente on apprend grâce à de jolis petits prospectus colorés que non, les féculents ça ne fait pas grossir, c’est une idée reçue et que visiblement le problème majeur des français est d’être trop gourmand, car la seule brochure en rupture de stock concerne l’abus de sucre. Un vrai scoop. Le médecin nous fait un petit sermon sur les 5 fruits et légumes et le sport (et en même temps quelle idée de venir se peser devant un médecin la première semaine de janvier) et c’est déjà la fin du bilan. Et pour nous, le début des bonnes résolutions : faire plus de sport, manger moins et mieux, et…oh tiens un Mac Do !

« You gotta work Bitch ».

Du coup, bonnes résolutions obligent, je me remets à la salle de sport. Le plus dur : trouver un cours de cardio adapté à mes horaires de chômeuse qui tient quand même à sa grasse matinée et à sa grasse tartine de Nutella. Seule, impossible de se motiver, en cours collectif, il faut encore réussir à trouver un prof qui vous fera transpirer et vous motivera suffisamment, le tout sans que vous vous sentiez persécuté. Par exemple, le prof qui vient vérifier entre chaque exercice que vous avez bien chargé votre barre avec le poids (astronomique) demandé, niet. Idem pour le prof qui vous affiche devant toute la salle quand vous arrêtez l’exercice en plein milieu parce que physiquement vous êtes à deux doigts de l’apoplexie ou tout simplement parce que vous transpirez tellement que vous vous êtes pété la gueule dans votre sueur en essayant de faire une pompe. C’est moi qui paye, alors si j’ai envie de me laisser crever comme une baleine sur le rivage pendant que les autres triment, c’est mon problème.

Autre point positif des cours collectifs : la motivation provoquée par le niveau de vos coéquipiers de souffrance. Soit ils sont nuls, ce qui vous permet de briller deux fois plus aux yeux du prof super bien gaulé et au passage de vous sentir hyper forte, soit ils sont tellement bons (et significativement plus vieux que vous) ce qui aura pour effet de vous maintenir à niveau. Parce que si cette desperate housewife de 55 piges arrive à soulever cette putain de barre aussi facilement qu’on soulève un Télé 7 jours, vous aussi vous le pouvez.

Encore faut-il que le ou la prof soit assez bien branlé pour vous donner envie de devenir comme lui/elle. Par exemple, quand on débarque en cours de « Body Pump » ou de « cuisses abdos fessiers » et que la prof fait 120 kilos de chair flasque, on a le droit de se sentir un peu floué.

Et en même temps, c’est toujours mieux que d’être seule aux machines sans trop savoir les utiliser. En plus, être une jeune fille seule dans une salle de sport, c’est un peu comme être une brebis égarée au milieu d’une clairière pleine de loups shootés à la testostérone. Vous errez d’un air perdu de machine en machine sans trop savoir s’il faut s’asseoir ou rester debout, mettre ses mains ou ses pieds dans le petit triangle, pousser ou tirer. Une pauvre petite bitch esseulée.

Seul réconfort de la salle de sport : le sauna qui suit votre séance. Et aussi la meilleure raison de payer un peu plus cher que dans une salle low cost. Parce que 20 euros par mois, plus les 50 centimes de douche, plus les 3 euros pour les cours, le tout sans sauna ou hammam, pour moi ça ressemble fort à du masochisme. Unique point positif de ces Club Med gym du pauvre : les machines roses. Ça paraît con comme ça, mais figurez-vous qu’apparemment les mecs ne touchent pas ses machines Barbie. Le rose étant évidemment totalement incompatible avec le machisme, ils les évitent soigneusement ce qui vous laisse tout le loisir de les utiliser sans vous sentir épié. Au moins là, vous serez la reine de la clairière. La bitch en chef.

Ce matin, ayant repéré le cours parfait sur le planning (et surtout compris dans quelle salle il se trouvait) je m’apprête à faire une heure de « Poitrine bras dos » pépère, quand arrive dans la salle une aveugle. A première vue, je me dis « la salope, elle a de la chance, moi si je pouvais ne pas constater les effets dévastateurs de mon Do Mac sur mes fesses, je resterais bien peinard chez moi avec un bon bouquin (en braille évidemment) ». Et puis, en la voyant se prendre les pieds dans la marche, trébucher dans le tapis de sol posé par terre et finir sa course contre une machine de marche nordique, je me dis qu’en fait non, finalement je préfère voir mon gros cul dans une glace.

L’Abandon.

Ce soir je « chouigne ». J’ai le cafard et j’ai l’impression de m’être fait larguée. Je dis « impression » car ce qui c’est vraiment passé c’est que c’est mon frère qui m’a quitté. Il se casse six mois (minimum) en Amérique du sud, me laissant notre appartement presque vide (j’ai encore deux colocs – dont un autre frère – ouf !) et surtout il faut bien l’avouer : rangé ! Car autant mon petit frère va me manquer, autant sa définition de l’hygiène moins.

En bonne grande sœur, je l’ai quand même aidé à faire ses dernières courses pour le voyage. Cette opération nous aura pris environ cinq jours, car je suis personnellement sujette à un phénomène étrange. Toute la journée je me fais des listes de ce qu’il me faut absolument au supermarché me croyant plus maligne que tout ces gens qui doivent tout noter sur leur portable, sauf qu’une fois arrivée devant la porte automatique du Franprix du coin, plus rien, c’est le trou noir. Je ne sais pas si c’est la lumière trop forte ou l’agression de tous ces produits de consommation, mais dans ma tête tout n’est plus très clair. En général je repars avec trois sachets remplis de Chocapic et de saucisson Hallal, mais j’ai toujours pas de PQ chez moi.

Une fois les courses faites, il a fallu ranger sa chambre. Et là, je peux vous dire qu’il faut avoir le cœur bien accroché et avoir médité un max avant de pouvoir pénétrer sereinement dans cet antre de la saleté. Moi, tout gentiment j’essaye de donner un coup de main en mettant les fringues au sale sauf que, non malheureuse, c’est habits sont propres ! Bah oui, en boule par terre, c’est sale, mais en boule sur la chaise, c’est propre ! Idiote que je suis. Une fois les habits à peu près triés et le sac à dos de voyage rempli, il faut maintenant passer au nettoyage. Je décide de pousser un peu le lit et là, à ma grande stupeur, je découvre que mon frère est un grand humaniste. En effet, il héberge sous son lit tout un écosystème fait de poussière, de paquets de clopes vides et de goûters même pas terminés. Mon frère fait le choqué, il ne comprend pas « parce qu’il passe l’aspi de temps en temps ! » et c’est bien connu, les paquets de clopes ça passe dans l’aspirateur…

Entre temps, mon autre petit frère nous rejoint pour la fin du rangement, et comme cette chambre lui est destiné, il fait de la place au baobab géant qu’il a dans la main et prend un balais lui aussi. Dans un coin il retrouve une bouteille d’eau avec un emballage de fêtes, et pas des fêtes de cette année, et il réussit à boucher l’aspirateur avec les deux ans de mégots accumulés sur le balcon… Notre après-midi ressemble vaguement à un nettoyage de plage après une marée noire, sauf que notre Erica à nous s’appelle Quentin.

Mais enfin la chambre est niquel, Bastien a pris possession des lieux et en dix minutes top chrono, la chaise, la poignée et l’armoire qui étaient bancales depuis deux ans sont réparées. Il est maintenant l’heure de l’amener à la navette, et de le laisser partir. Comme dans une comédie-romantique à deux balles je repasse dans ma tête les deux ans de fous rires et de disputes que nous avons vécu dans cet appartement, et même si je serais ravie pour lui qu’il se marie avec un beau brésilien rencontré sur une plage de Rio et qu’ils aient pleins de bébés qui dansent la Samba, je prie secrètement pour qu’il revienne boulevard de Strasbourg.

La vie normale.

Réveil-matin 15h. La vie de chômeuse-intermittente reprend son cours tranquillement. Maintenant que les autres membres de cette colocation ont tous des occupations diurnes, je dois réapprendre à m’occuper toute seule. Un peu de ménage, un vieux film en noir et blanc, un bon bouquin, la vie, la vraie. Première douche 16h30, mon horloge biologique doit se demander ce que je fous, mais qu’importe. Vers 17h 30 je pense ma journée bientôt terminée mais c’est sans compter le retour au nid de Bastien qui crève la dalle. Dîner pris donc à 18h. Des fajitas au poulet maison, parce qu’en bonne chômeuse évidemment je n’ai que ça à faire.

C’est à partir de 19h, alors que j’étais prête à entamer mon 3ème film et mon 4ème paquet de Pepito que ma soirée prend une toute autre tournure que celle que j’avais imaginé. Un appel de Nico me proposant une soirée improvisée entre collègues. Le temps d’enfiler un jeans, de mettre un bonnet sur mes cheveux un peu gras qui attendront le lavage post-jogging du lendemain pour briller, et c’est parti. Trois cocktails, quatre verres de vin et un ou deux pèts plus tard, je vomis discrètement (mais apparemment pas assez) les poivrons pas assez cuits des fajitas dans les toilettes de mon hôte et vais me coucher. Mais, grande première dans ma carrière de squatteuse, je dors dans une chambre d’ami !!! Et oui, Nico a beau n’avoir que trois ans de plus que moi, il a un appartement d’adulte. Un grand couloir, une porte de service, un piano, un bureau/chambre d’ami…la classe.

Je m’endors donc toute habillée en PLS dans le lit d’invité, pour me réveiller quelques heures plus tard en me demandant où je suis. Je pue la clope et j’ai les yeux collés par le mascara, sans parler de mon odeur buccal. Ma quête d’hygiène commence. Seul petit problème à dormir chez un couple gay, pas de démaquillant à l’horizon. Un coup d’eau fera l’affaire et un peu de dentifrice sur le bout du doigt en guise de brossage. Ma nuit peut continuer, enfin juste après avoir répondu aux SMS inquiets et aux trois appels en absence de mon petit frère et néanmoins coloc’ de 19 ans, qui se demande un peu ou je suis. Responsabilité quand tu nous tiens.

Le lendemain matin je me réveille crade mais reposée, et je m’apprête à partir sur la pointe des pieds quand je tombe en ouvrant la porte sur un dessin d’enfant avec une paire de clés. En y regardant de plus près, je comprends qu’il s’agit en fait du plan pour accéder à la boulangerie la plus proche, dessiné par Nico. Je m’exécute avec plaisir et nous prenons encore le petit déj’ tous les deux, encore saouls de la veille, assis parterre dans ce grand appartement d’adulte, qui me donnerait presque envie d’en devenir une.

Et tant pis pour le jogging.

 

 

Court-circuit dans le fer à crêper.

On dirait le titre d’un film d’Audiard. Et pourtant, non. C’est plutôt le résumé de cette année 2016, qui se terminera en soirée arrosée cette fois sur le thème des années 90. Et qui dit année 90, dit coiffure de l’espace et donc, problème de fer à cheveux.

Comme d’habitude, l’organisation de cette soirée sur laquelle tout le monde met beaucoup trop de pression chaque année (comme si elle allait définir les 365 jours qui la suive) promettait d’être épique. Se bourrer la gueule férocement pour clôturer une année « chargée en évènements » selon les média, « très maussade » selon les Catherine et Liliane que sont devenues mes grands-mères avec le temps, et « complètement glauque » selon moi, ça se prépare correctement. On ne va pas se mentir, fêter la nouvelle année c’est surtout la superstition mise à la portée des païens. Se saouler pour conjurer le mauvais sort, chasser de nos pensées la conviction que rien n’ira forcément beaucoup mieux l’année prochaine, décompter les dix dernières secondes avant minuit tel une incantation magique en espérant qu’à partir de minuit une tous nos problèmes auront disparus dans la chasse d’eau avec notre trop-plein d’alcool, c’est quand même bien une histoire de croyances.

Étape numéro 1 : trouver le temple qui servira de lieu de culte à votre religion de la boisson et de l’oubli qui s’en suit. Pour se faire, il suffira tout simplement d’exercer une pression suffisante sur l’un des membres de votre petit groupe d’amis pour que quelqu’un craque et vous ouvre les portes de son « chez lui » afin que vous retapissiez les murs de son nid douillet de chewing-gum, tâches de vin rouge et dans le meilleur des cas, de vomi.

Ouf, Pierre est cette année le désigné volontaire. Soulagé de ne plus faire partie de cette catégorie de personnes qui n’auront pas de plans jusqu’à la dernière minute et qui aux yeux de tous (vive FB !) accepteront l’invitation d’un autre membre de cette catégorie qui aura décidé de faire le réveillon chez lui à une semaine du jour J, on peut désormais passer à l’étape d’après.

Car il faut maintenant s’attaquer à « L’Event FB », celui qui annoncera clairement la couleur de la soirée. Point capital à définir : le thème. On ne se voit déjà pas beaucoup, alors quitte à passer une soirée entière tous ensemble, autant être bien alcoolisé et le plus ridiculement sapé possible, sinon à quoi bon ? Les filles voudront un thème qui leur permettra d’avoir l’air quand même « sexy », les mecs s’en tapent puisque de toute façon ils viendront soit à moitié nu, soit pas déguisés du tout. L’idée « Tropical » est innocemment lancée, thème en apparence détente qui enfoncera bien le clou sur le fait que nos parents n’ont pas décidé de nous élever sous le soleil exactement, mais bien dans la région la plus glaciale de France. Mais il sera surtout l’occasion de vérifier l’air de rien laquelle de nos copines à le plus grossi. Tout le monde est enthousiaste et le thème est validé à l’unanimité, jusqu’à ce que les premières d’entre nous commencent à réfléchir à la dégaine dans laquelle elles commenceront l’année qui arrive. Les meufs réaliseront que non, il n’est pas question de se balader en maillot de bain toute la soirée (c’est déjà un moment assez pénible en été) et que finalement ce petit pagne à fleurs est beaucoup plus difficile à réaliser qu’il n’y paraît. Les mecs, encore une fois, s’en tamponnent le coquillard. Un deuxième débat est donc lancé dans le groupe pour le changement de thème, et c’est finalement les années 90 qui remportent les faveurs de notre petite bande, l’idée étant de se saper comme Britney Spears allant récupérer un Emmy Award.

Les semaines passent, la liste d’invités et le degré d’acception de leurs +1, 2, 3 ou 4 est établi, le « DJ » est désigné (même si on sait tous par avance qu’il y aura un gros relou pour changer la musique en mettant un morceau électro super pointu que tout le monde détestera croyant faire notre culture musicale, alors que non en fait il emmerde juste tout le monde) et enfin, le jour J est là.

Il faut maintenant (car plus tard ça n’aura évidemment plus d’intérêt) acheter ou rassembler les accessoires qu’on a déjà chez soi (et quand on en a assez pour se déguiser comme dans les années 90 rien qu’en fouillant son placard c’est qu’il est temps de changer sa garde-robe…), se prendre la tête avec ceux qui cherchent un déguisement et qui finiront par se déguiser en M&M’s ou en bouteille de bière malgré ce foutu thème, et dépenser l’intégralité des étrennes reçues en alcool, juste pour être sur qu’en dépit de tous nos efforts, le moindre couac sera vite noyé sous un torrent de vodka.

Objectif personnel de ce réveillon (oui, j’aime les défis) : réussir un ponch à la téquila. Les ingrédients sont presque tous là (c’est déjà un exploit) mais le timing, je le sais d’avance le sera moins, et réaliser un cocktail avec quatre grammes dans le sang c’est peut-être ça finalement le plus gros défi. Heureusement, c’est aussi grâce à ses fameux quatre grammes qu’il me sera aisé de convaincre mon entourage que ce ponch est vraiment le meilleur qu’on avait jamais bu de notre vie.

Avant de commencer à se préparer il faudra aussi allez rendre visite à ses grands-parents (s’il vous en reste), tout ça pour entendre que l’occupation du soir de papy sera de lister les enterrements auxquels il a assisté en 2016, puis de faire le bilan du nombre d’amis qui lui reste. Une bouffée d’angoisse vous saisira peut-être alors, en pensant au temps qui passe vite, trop vite, toujours plus vite. Pendant deux minutes vous envierez ceux qui « doivent » rester à la maison pour cause d’exams ou de gastro carabinée parce qu’eux au moins, ils auront une bonne raison de se dire que leur année commençait déjà mal, alors que vous, vous vous serez vraiment donner de la peine.

Mais pas le temps de niaiser, il est déjà l’heure de se préparer.

Votre tenue « tout en jean » sur le dos, votre sac à main à paillettes prêt, il ne vous manquera plus qu’à « crêper » vos cheveux, technique bien connue des années 90 qui consiste à avoir l’air d’un caniche mouillé. Mon fer est chaud (tiens, une idée de titre de film porno) mais là c’est le drame, la machine déraille et un court-circuit vient définitivement ruiner mes rêves les plus fous de ressembler à une Spice Girl. Trop tard pour enfiler autre chose que cette perruque beaucoup trop longue et raide achetée un peu plus tôt sans conviction, et en jetant un dernier coup d’œil au miroir, je ne peux m’empêcher de penser superstitieusement : « faites que cette année soit à l’image de cette perruque : rose et fluo. »

La Rentrée de la loose.

Comme toutes les connasses qui lisent Biba, à la rentrée j’ai décidé de me faire une petite liste de bonnes résolutions. Après tout, pourquoi attendre le mois de janvier pour voir à quel point on peut corriger de trucs dans sa vie et comment on est incapable de s’y tenir plus que 3 jours ? Déjà en décembre, j’avais pour projet d’arrêter la cochonnaille, seulement voilà, il semblerait que je sois plus curieuse que religieuse. Et pour ma défense, c’est pas facile de résister au salami.

Du coup, après avoir fait un petit récap’ des défauts potentiels chez moi, et vu l’étendue des dégâts, je décidais de m’attaquer en premier lieu aux problèmes de mes copines. Car avec la rentrée viennent aussi les remises en questions de meufs larguées dans le grand bain des adultes. Ma copine Juju par exemple, avec qui j’ai tenté d’avoir une discussion plus ou moins rationnelle un matin d’août qui puait la fin de vacances, dans une salle de bain où deux heures plus tôt j’étais tombée nez-à-nez avec son vomi, essayant moi-même d’évacuer le trop-plein d’alcool…

« – Nan mais Juju soyons réalistes, un jour tu recherches frénétiquement des jobs à l’autre bout du monde, le jour d’après tu découpes tous les « Fluchtebluk » dans le catalogue Ikea et tu me parles de meubler ton appart et de prendre un chat. » Non mais la schizophrénie de la meuf quoi ! C’est comme parler de gosses entre deux rails de coke ! Et moi la coke, sans façon. Nan sérieux, déjà l’eau dans le nez à la piscine j’ai du mal…

Et en parlant de piscine je devrais penser à me remettre au sport. L’autre soir j’ai mis de la crème hydratante en sortant de la douche, j’en étais essoufflée pendant quatre heures.

Oui, parce que maintenant je me suis mis aux crèmes. Pas les crèmes glacées, ça c’est fait depuis longtemps, mais plutôt tout ce qui est crème hydratante, anticellulite et j’en passe et des meilleures… Mais je reste une meuf raisonnable. L’autre jour je suis passée chez Sephora devant une petite crème anti-cernes, bah je peux te dire quand j’ai vu le prix j’ai immédiatement pris la ferme résolution de dormir, tout simplement, ce serait toujours plus rentable. Preuve aussi que je respecte mon porte-monnaie plus que mon corps mais passons…

Dans mes grandes résolutions de la rentrée j’ai aussi décidé de me refaire une garde-robe. Les mites : ce fléau. Sérieux, quand t’en croises une t’as vraiment envie de lui dire : « mais putain tu sais combien je l’ai payé ce pull ?? ». Du coup je suis allée chez Citadium, le temple du parisien branché, et ça n’a pas loupé. C’est vraiment le genre de magasins où tu rentres et tu perds immédiatement le peu d’estime de soi qu’il te restait vestimentairement parlant. Les vendeurs ont l’air de sortir d’un magazine qui s’appellerait « T’as vraiment un style de merde ! » et te fusillent du regard quand toi, pauvre ringard, tu oses toucher à un de leur vêtement en essayant de comprendre s’il s’agit d’un t-shirt vraiment très large ou d’une jupe vraiment mega courte, alors qu’en fait , c’est une cape. Mais j’ai compris qu’il fallait vraiment que je sorte de cette mise à mort vestimentaire géante quand, mortifiée de honte et planquée entre deux piles de t-shirts avec des chatons qui font du skate dessus, j’entendis avec horreur mon mec demander à la vendeuse si oui ou merde, le bob allait revenir à la mode cette année.

Vendredi 13.

Les attentats du vendredi 13, ça vaut bien un petit post non ?

En tout cas, ce sera bien la première fois que je rentre à la maison aussi tard (ou plutôt aussi tôt) pour d’aussi mauvaises raisons. La soirée avait pourtant bien commencé. Après avoir annulé un apéro chez moi dans le Xème arrondissement (sur ce coup là j’avais été inspirée), j’emmenais mes amis Polonais et gays profiter de l’ambiance de liberté et d’insouciance totale que permet Paris (là, moins.)

Nous avons tranquillement déambulé jusqu’à un bar du Marais bien connu de notre petite bande, et encore peu conscients du danger autour, avons même pris un verre ou deux. Seulement voilà, une fois que le match Allemagne-France pris fin sous nos yeux, en direct sur TF1, la situation devint tout de suite plus réelle. Pas la peine de revenir sur la suite des évènements : des milliards de sms de proches pour nous dire de bouger, de ne pas bouger, de venir chez eux, de ne surtout pas prendre de taxi, ou éventuellement de se jeter par terre mains sur la tête en cas de fusillade… autant dire que ça partait pas mal en couille.

Heureusement, heureusement, j’avais ma bombe lacrymo !

Passons sur ma copine Julita qui essaye de lancer une pétition pour pouvoir fumer à l’intérieur du bar et sur la gueule des deux Polonais, livides dans un coin à se demander ce qu’ils étaient venus foutre dans cette ville de dingue…

Après une mini engueulade avec le patron du bar qui a tout à coup décidé de rentrer tranquillement chez lui, une copine de copine via FB nous envoie l’adresse d’une « planque » à 900 mètres de là. Ni une ni deux, on s’échappe du bar et les 900 mètres qui suivent donne à notre petit groupe des frissons du type Hunger Gamiens. Pour la suite de la nuit, c‘est plutôt ambiance « les Jolies colonies de Vacances», par terre sous nos manteaux les uns collés aux autres en attendant que ça se passe.

C’est à partir du lendemain que l’on se rend compte de l’ampleur des dégâts. Et oui, car en général quand une équipe de foot adverse accepte de chanter un hymne qui ne leur appartient pas (et je passe les réflexions sur la difficulté qu’ils ont déjà à chanter le leur), c’est que la situation est grave.

Mais la vie reprend son cours peu à peu bref, on se laisse pas abattre !

S’en suit la traque des terroristes, qui aura au moins permis à la France entière de s’unir dans le rire grâce à un individu exceptionnel, le désormais célèbre Jawad. Vague sosie de Sébastien Folin en moins chevelu, il nous aura donné une leçon de vie plutôt utile : malgré une bonne foi manifeste, peut-être que quand on a tué son meilleur ami à coups de hachoir, mieux vaut se faire tout petit que de loger des potos terroristes, mais bon…

Et LA kamikaze on en parle ? Moi je trouve ça plutôt positif, si on réfléchi deux minutes, ce qui intéresse les kamikazes, c’est bien les 70 vierges au Paradis, non ? Du coup je me dis, terrorisme + homosexualité : compatibles ! C’est déjà ça sérieux, au moins on sait qu’ils sont gay-friendly les mecs ! On peut pas non plus avoir TOUS les torts du monde.

Quoiqu’il en soit désormais, on va tous vivre un peu tendu comme des strings et si on n’y met pas tous du sien, ça va être chaud. Par exemple, petit conseil au grand black de ce matin qui rentre dans le métro en faisant un signe de croix : PAS RASSURANT !

Ma proposition, faisons comme les belges : luttons avec des chatons !

Toute cette histoire (ou ce début de Guerre Mondiale, seule la suite nous le dira) aura au moins un effet positif : boire est devenu un acte de Résistance, et la terrasse d’un bar c’est quand même vachement mois humide que le maquis.

Malade. Complètement malade.

« Chéri, je commence à te connaître : t’as froid, t’as faim, t’es fatigué…

– Si j’étais un Sims, je serais dans la merde… »

Au moins, son répondant est intact. Il a 40° de fièvre et il tousse à s’en arracher les poumons, mais l’humour, ça va.

Enfin presque. Disons que c’est fluctuant. Ca reste un mec, et depuis la naissance de la minuscule goutte qui lui pend au nez depuis la semaine dernière, monsieur croit qu’il est à l’article de la mort. En gentille copine que je suis (notre relation est beaucoup trop jeune pour lui balancer deux dolipranes et lui dire d’agir en homme), je consacre donc mon samedi après-midi à lui prodiguer soin et amour. Bien entendu sa patience est très affectée par son « état », et deux heures et une engueulade plus tard (il paraît que je peux être lourde), il décide que finalement ca va beaucoup mieux. Comme quoi, l’amour guérit, pas si con cette Hélène Ségara.

C’est quand même dingue. Moi, j’ai une gastro, je serre les fesses (au propre comme au figuré), je m’enfile deux tonnes de riz sans goût et des litres de Coca et je vais bosser ! (Bon faut dire aussi qu’en temps qu’intermittente du spectacle, ce serait con de passe à côté d’une journée de travail hein).

Pourtant avec un père médecin et nutritionniste, je devrais pouvoir trouver une oreille réconfortante voire utile en tant de crise, sauf que quand j’explique à mon père que pour me guérir je dégomme le stock de bananes guadeloupéennes du Carrefour, la seule réponse que j’obtiens c’est « non, ça c’est si tu veux grossir ma chérie… ». Décidemment les hommes qui m’entourent sont d’une utilité comparable à un forum Doctissimo en cas de mal de crâne.

Et en cas de MBTFT (Maladie Beaucoup Trop Facilement Transmissible) le travail n’aide pas. Bises et serrages de main en tout genre, les épidémies sont clairement liées à un abus de politesses. J’en profite pour saluer les courageux qui annonce la couleur dès leur arrivée au bureau, sous forme de : « je vous embrasse pas je suis pas en forme ! » (et autres déclinaisons). En ce qui me concerne, mieux vaut crever que de montrer le moindre signe de faiblesse et surtout de laisser ses collègues imaginer que si vous vous rendez plus de trois fois par heure au toilettes, c’est parce que vous avez la coulante. Miam.

Seule consolation : la gastro, comme le rhume sont (normalement) des états provisoires. Alors que les hypocondriaques, eux, c’est à perpet’. Et à part Dany Boon, qui même de ça arrive à s’enrichir, c’est plutôt coûteux. Loin de moi l’idée d’incriminer ces malades permanents, mais en voyant la dépense mensuelle en médicaments de ma grand-mère paternelle qui se croit mourante depuis les années 80, le sarcasme refait surface en moi.

Pour vous faire une petite idée, se référer à la dette grecque.

Autre problèmes des hypocondriaques, ils se sont tellement renseignés sur toutes les maladies possibles et imaginables qu’ils se prennent pour la réincarnation d’Hypocrate en personne.

A chaque visite chez Mamie, les articles découpés dans des revues hautement scientifiques (Femina par exemple) m’attendent sur la chaise de l’entrée. Je découvre donc comment me débarrasser de mycoses, maux de têtes et autres constipations, maux desquels je ne me savais pas moi-même atteinte. Je prends les feuilles volantes en souriant, et la laisse m’expliquer que oui, boire du thé au fenouil me sauvera surement la vie.

FOMO. Connecting people.

« FOMO devrait être répertoriée par l’OMS ! » Oui Léa, merci. Une réflexion en apparence anodine dans le flux de paroles débitées à la seconde, le temps de notre pyjama party hebdomadaire. Ah et oui, pendant que j’y suis, et pour les mecs qui se demanderaient ce qu’il se passe VRAIMENT pendant ces soirées entres meufs, ca va peut-être vous surprendre mais oui, c’est comme dans les films américains : on parle de cul, on bouffe, on boit du vin et on se fait les ongles avant de s’endormir à quatre dans un lit double devant « Lolita malgré moi ». Et maintenant qu’on est majeures et vaccinées (je sais mon cas s’aggrave), on le fait même en semaine : on est des dingues. Bref, une soirée pyjama c’est comme dans tes rêves/cauchemars les plus fous, la bataille d’oreillers en moins (enfin dans 80% des cas au moins).

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